Amis Terriens, bonjour !

Petite question : vous avez déjà observé le contenu de votre poubelle après avoir rangé vos courses ?

Un emballage de jambon, un sachet de salade, un pot de yaourt, une barquette de fraises, un film plastique autour du concombre, un autre autour du paquet de bouteilles…

Et voilà. Vous avez passé 20 minutes à ranger vos courses et votre poubelle est déjà à moitié pleine.

On achète de quoi manger pendant une semaine et on ramène de quoi remplir une décharge pendant des années. Charmant concept.

Le plus absurde ? La plupart de ces emballages auront été utilisés quelques minutes. Le temps de transporter un produit du supermarché à la maison, de l’ouvrir et de le jeter.

Alors aujourd’hui, on va parler de zéro déchet. Pas pour vous expliquer comment faire tenir les poubelles de toute votre famille dans un bocal à cornichons. Mais pour comprendre pourquoi il devient urgent de réduire nos déchets, et surtout comment commencer sans transformer son quotidien en parcours du combattant.

1. Le constat : on croule sous les déchets (et ce n’est pas une impression)

Accrochez-vous, j’ai quelques chiffres à vous partager.

559 kilos.

C’est la quantité moyenne de déchets ménagers et assimilés collectés par habitant en France en 2023, selon l’ADEME.

Précision importante : ce chiffre comprend aussi des déchets collectés par les services publics qui ne proviennent pas directement de nos foyers. Mais il donne une bonne idée des volumes que notre modèle de consommation génère.

Et encore, on ne parle ici que des déchets collectés. Pas de toutes les ressources utilisées pour fabriquer ce que nous achetons.

À l’échelle mondiale, c’est encore plus vertigineux.

353 millions de tonnes de déchets plastiques ont été produites en 2019, selon l’OCDE. Plus du double de la quantité enregistrée en 2000.

Et parmi ces déchets, seulement 9 % ont effectivement été recyclés.

Oui, vous avez bien lu. Neuf petits pour cent.

Le reste ? Incinéré, enfoui, abandonné ou dispersé dans l’environnement.

Et chez nous, ce n’est pas franchement le paradis du recyclage non plus : selon les chiffres publiés par Citeo en 2026, seuls 30 % des emballages ménagers en plastique sont recyclés en France.

 

Ça vous révolte ? Nous aussi.

D’autant plus que le problème saute aux yeux dès qu’on commence à regarder autour de soi.

Faites l’expérience lors de vos prochaines courses.

Promenez-vous dans les rayons d’un supermarché. Ou déballez tranquillement votre commande au drive.

Les tomates sont dans une barquette. Les biscuits dans un sachet, lui-même rangé dans une boîte. Les portions individuelles ont chacune leur petit emballage. Certains légumes semblent avoir besoin d’une combinaison de protection pour traverser le rayon frais.

Du plastique partout. Encore du plastique. Toujours du plastique.

On a réussi à créer un système où l’on fabrique des objets destinés à être jetés presque immédiatement, puis où l’on dépense des ressources pour tenter de gérer les montagnes de déchets qui en résultent.

Et on appelle ça le progrès.

Personnellement, je trouve qu’on pourrait revoir deux ou trois détails.

« Mais Béa, on recycle ! »

Ah, le fameux bac jaune.

Attention, je ne suis pas en train de vous dire d’arrêter de trier. Le recyclage est indispensable. Mais il ne fait pas disparaître le problème.

D’abord, parce que tous les plastiques ne sont pas recyclables dans les filières actuelles. Et même lorsqu’un emballage est recyclable, cela ne signifie pas qu’il sera effectivement recyclé.

Ensuite, parce que recycler demande des moyens.

Il faut collecter les déchets, les transporter, les trier, les nettoyer, les transformer, puis fabriquer de nouveaux produits avec les matières récupérées.

Tout cela nécessite des infrastructures, de l’énergie et des ressources. Sans compter les pertes de matière au cours des différentes étapes.

Et surtout, le recyclage intervient une fois que le déchet existe déjà.

Autrement dit, on essaie de réparer les dégâts après avoir organisé leur production.

C’est un peu comme passer la serpillière pendant que le robinet déborde. C’est utile, mais à un moment, il faudrait peut-être penser à fermer le robinet.

zero dechet

2. La solution : produire moins de déchets, tout simplement

C’est là qu’intervient la démarche zéro déchet.

Et je vous rassure immédiatement : le zéro déchet n’est pas une obligation de ne plus jamais rien jeter. C’est une direction à prendre.

L’objectif est de réduire au maximum les déchets que nous produisons, en agissant avant qu’ils n’arrivent dans nos poubelles.

Parce que le déchet le plus simple à gérer reste celui qu’on n’a pas créé.

Concrètement, cela revient à repenser certaines de nos habitudes :

  • Refuser ce dont on n’a pas besoin : les gadgets publicitaires, les échantillons inutiles, les emballages superflus.
  • Réduire nos achats et privilégier ce qui nous sert réellement.
  • Réutiliser plutôt que jeter : réparer, emprunter, acheter d’occasion, choisir des contenants réemployables.
  • Recycler ce qu’on ne peut pas éviter, en respectant les consignes de tri.
  • Composter les déchets organiques qui s’y prêtent.

Vous voyez ? Rien de révolutionnaire sur le papier.

Et contrairement à ce que certaines vidéos très esthétiques voudraient nous faire croire, il n’est pas nécessaire de posséder 47 bocaux parfaitement alignés, une cuisine couleur lin et un composteur design à 300 euros pour commencer.

Le zéro déchet, ce n’est pas acheter toute une panoplie de nouveaux accessoires écologiques. C’est aussi apprendre à moins acheter.

D’ailleurs, remplacer un objet encore parfaitement fonctionnel simplement parce qu’on a trouvé sa version « écoresponsable » n’est pas forcément une bonne opération pour la planète.

Votre vieille boîte en plastique fonctionne encore ? Gardez-la.

Votre balai n’est pas en bambou ? Il nettoie probablement très bien quand même.

On utilisera ce qu’on possède déjà avant d’investir dans quoi que ce soit.

Et puis, soyons clairs : le changement ne repose pas uniquement sur les consommateurs. Les industriels, les distributeurs et les pouvoirs publics ont aussi un rôle majeur à jouer pour réduire les emballages et développer le réemploi.

À nous de modifier ce que nous pouvons. À eux d’arrêter de nous vendre trois grammes de nourriture emballés dans quinze grammes de plastique.

 

zero dechet

3. Les tips de Béa : comment commencer sans se brûler les ailes ?

Bon. Maintenant que vous avez découvert les chiffres, vous êtes peut-être prêts à déclarer la guerre au plastique, à fabriquer votre lessive et à transformer votre jardin en compost géant.

Doucement, les Terriens.

Je connais le scénario.

On découvre un problème, on s’indigne, on regarde douze tutoriels, on commande du matériel, on décide de tout changer dès lundi…

Et le mercredi, on est épuisé, la cuisine ressemble à un laboratoire clandestin et on retourne acheter ses habitudes d’avant.

Résultat : de la frustration, de la culpabilité et parfois même un budget qui a sérieusement souffert.

Ce n’est pas le but.

Mon conseil : choisissez un domaine de votre quotidien, changez deux ou trois habitudes, puis passez au suivant lorsque les premières sont devenues naturelles.

Première étape : la cuisine

C’est souvent là que les déchets s’accumulent le plus visiblement.

Commencez par observer ce que vous jetez régulièrement.

Les emballages de goûters ? Les bouteilles d’eau ? Les restes alimentaires ? Les barquettes de viande ?

Choisissez un ou deux changements faciles :

  • Prendre un sac réutilisable pour les courses.
  • Acheter certains fruits et légumes sans emballage.
  • Remplacer les bouteilles d’eau par l’eau du robinet lorsqu’elle est potable.
  • Prévoir les repas pour limiter le gaspillage alimentaire.
  • Tester le vrac sur quelques produits que vous consommez souvent.

Pas besoin de révolutionner toute votre alimentation.

Et si vos enfants adorent leurs biscuits préférés emballés individuellement, on ne va pas provoquer une crise familiale pour un paquet de gâteaux.

On avance.

Deuxième étape : la salle de bains

Un petit tour dans la salle de bains suffit parfois à découvrir une impressionnante collection de flacons.

Gel douche, shampoing, après-shampoing, démaquillant, savon, produits à moitié terminés…

Là encore, commencez simplement.

Terminez les produits que vous possédez avant d’en acheter d’autres.

Puis, au fur et à mesure, testez quelques alternatives : un savon solide qui vous convient, des cotons lavables, une recharge de produit ou un rasoir réutilisable.

Et si le shampoing solide vous donne les cheveux d’un épouvantail, vous avez parfaitement le droit d’en essayer un autre ou de garder votre shampoing habituel.

L’écologie n’a pas vocation à vous rendre malheureux devant votre miroir.

Troisième étape : le ménage

Bonne nouvelle : pas besoin d’une armoire entière de produits pour nettoyer une maison.

On peut souvent simplifier, utiliser des accessoires lavables et choisir quelques produits adaptés à ses besoins.

Mais attention aux recettes miracles trouvées sur Internet.

Mélanger du vinaigre et du bicarbonate en se félicitant devant la mousse n’est pas forcément aussi efficace qu’on l’imagine. Et certains mélanges de produits ménagers peuvent être dangereux.

Le vinaigre et l’eau de Javel, par exemple ? Jamais ensemble.

Ici, on cherche à réduire nos déchets, pas à transformer notre salle de bains en expérience de chimie.

Quatrième étape : les achats du quotidien

Avant d’acheter quelque chose, prenez l’habitude de vous poser trois petites questions :

Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? Est-ce que je possède déjà quelque chose qui pourrait faire l’affaire ? Est-ce que je peux le trouver d’occasion, l’emprunter ou le réparer ?

Ça marche pour les vêtements, les jouets, la décoration, les appareils électroménagers et même pour cet énième ustensile de cuisine révolutionnaire qui finira au fond d’un tiroir.

Vous savez, celui censé découper un avocat en forme de fleur en trois secondes.

On survivra sans.

 

zero dechet fever

4. Le zéro déchet n’est pas une compétition

Avant de vous laisser inspecter vos placards, j’aimerais insister sur une chose.

Vous n’avez pas besoin d’être parfaits pour être utiles.

Vous avez le droit d’oublier votre sac de courses. D’acheter des pâtes emballées. De manquer de temps, d’énergie ou d’argent.

On ne vit pas tous dans les mêmes conditions. Certains ont accès à des commerces en vrac, d’autres non. Certains ont un jardin, d’autres vivent dans un appartement de 30 m². Certains ont du temps pour cuisiner, d’autres essaient déjà de survivre au tunnel bain-repas-devoirs-dodo.

Et tout ça compte.

La démarche zéro déchet doit s’adapter à votre vie, pas l’inverse.

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de savoir si vous avez réussi à supprimer absolument tous vos emballages.

C’est de savoir si, petit à petit, vous avez commencé à regarder différemment ce que vous achetez, ce que vous utilisez et ce que vous jetez.

Parce que derrière nos poubelles, il y a une question beaucoup plus grande : avons-nous vraiment besoin de produire et de consommer autant ?

Et ça, mes chers Terriens, ça mérite qu’on s’y attarde.

Alors cette semaine, je vous propose un petit défi : observez votre poubelle et choisissez une seule habitude à changer.

Une seule.

Pas besoin de sauver la planète avant vendredi.

On commence quelque part. Et on continue.